Démarche / Approach

English below

«J’observe avec horreur un futur antérieur
Trou noirdont la mort est l’enjeu.»
Roland Barthes, La chambre claire (notes sur la photographie)

Un trou noir dans l’univers est si compact qu’il ne peut ni émettre ni réfléchir la lumière.
Il est donc invisible.
Il est donc irreprésentable.
Et pourtant il est bien là.
Tout semble donc être question de lumière et de ténèbres.

Ce que je cherche à voir et à rendre visibles sont des sortes de trous noirs métaphoriques.
Je cherche à voir l’invisible dans les fractures, les béances, et d’en saisir les traces.
Chercher ce qu’on voit en fait quand on ne voit pas.
Tout serait donc une question de représentation, une tentative de rendre présent ce qui ne l’est pas ou qui ne l’est plus.

Par la photographie d’abord, puis par la vidéo, le film super 8, la performance et principalement l’installation.
Mes recherches me mènent de plus en plus à explorer des matériaux évanescents, transparents, mais aussi vivants et éphémères.
Je me centre sur les visages surtout, sur ces moments où ils se perdent dans des souvenirs ou des évocations.
Le souvenir qui rend présente l’absence.

Dans les visages de personnes qui racontent des bribes d’histoires, leurs souvenirs, je cherche les moments infimes, fugaces, où l’on bascule dans cet ailleurs, dans cet autre temps, où l’on « s’absente ».
Je rencontre donc des personnes qui me parlent de leurs expériences, qui me parlent comme elles se parlent. Et je m’absente avec elles.
Dans un hôpital psychiatrique du Cambodge, elles me parlent de ce qu’elles ont vécu sous le régime des Khmers Rouges ; quelques anciens déportés, anciens résistants, me racontent leur survie dans le camp de concentration du Struthof ; d’autres évoquent leur expérience avec la mort ; en Islande, on me raconte le soleil de minuit et les ténèbres de l’hiver arctique.

De ces récits, je fais des vidéos, des installations.
De ces corps rencontrés il ne reste que les voix qui se mêlent, et les visages.
Chaque chapitre de mon travail s’articule autour d’un récit singulier, fait de plusieurs voix mêlées qui tissent une histoire collective et universelle.
Et toujours sont présentes les figures des disparus, figures souvent obsessionnelles dont seules les photographies sont témoins de la présence, de la disparition, de la réapparition.
Dans ces figures je cherche le vide ou la vie.


I observe with horror an anterior future of which death is the stake”
Roland Barthes, La chambre claire (notes sur la photographie)

In the universe, black holes are so compact that they can neither emit nor reflect light.
They are invisible.
So they are irrepresentable.
And yet they exist.

So it is all about light and darkness.
I’m trying to see and make visible some kind of metaphorical black holes.
I try to see the invisible in the fractures, the gaps, and to catch the traces.
To search what we actually see when we do not see.

It is a question of representation, an attempt to make present what doesn’t exist or doesn’t exist anymore.

My medium is photography first, then video, super 8 film, performance and mainly installations.
My research increasingly leads me to explore evanescent, transparent materials, but also living and ephemeral ones.

I mainly focus on the faces, on those moments where they are lost in memories or evocations.
The memory that makes absence present.

In the faces of people who tell bits of stories, their memories, I look for the tiny and fleeting moments, where they flip to another dimension, another time, where they vanish.
So I meet people who talk to me about their experiences, who talk to me the same way as they talk to themselves. And I’m leaving with them in their memories.
In a psychiatric hospital in Cambodia, they tell me about what they experienced under the Khmer Rouge regime; some former deportees, former resistance fighters, tell me about their survival in the Struthof concentration camp; others evoke their experience with death; in Iceland, I am told the midnight sun and the darkness of the Arctic winter.

From these stories, I make videos and installations.
Of these bodies met there remain only the voices that mix together, and the faces.
Each chapter of my work is articulated around a singular story, made up of several mixed voices that weave a collective and universal story.

And always are the figures of the disappeared people, often obsessive figures of which only the photographs are witnesses of the presence, the disappearance, the reappearance.
In these figures I look for 
the emptiness or life.